Guides / Son direct
Le rapport son : ce que c'est et pourquoi l'ingénieur du son tournage doit le livrer

Le rapport son est la feuille où la personne qui enregistre le son direct note, prise par prise, ce qu'elle a enregistré : quelle séquence, quel clap, quel micro sur quelle piste, si la prise est bonne ou à écarter, ce qui s'est passé. Il voyage avec les fichiers audio et sert surtout à la post-production audio qui, sans cette feuille, doit tout réécouter pour retrouver ce qu'elle cherche.
Ce qu'il faut livrer en général au sound designer (montage, AAF, son direct) se trouve dans le guide sur ce qu'il faut livrer. Ici, il n'est question que du rapport son.
Ce qu'il contient
Il n'existe pas de modèle unique : chaque ingénieur du son peut construire le sien, adapté à l'enregistreur et au type de travail, à condition que les informations essentielles y soient. Le mien, celui que j'utilise avec mon MixPre 6, a ces colonnes :
- O/X : prise bonne ou écartée ;
- Prise : le numéro du fichier ;
- Entrées : pour chaque piste, le code du micro et le numéro du personnage auquel il est attribué ;
- Séquence et clap ;
- Décor ;
- Plan : le code du type de plan (gros plan, plan moyen, plan large, par-dessus l'épaule) ;
- Description et commentaires ;
- REC2 : le numéro du fichier sur le second enregistreur, s'il y en a un.
En tête de chaque page : enregistreur, date, épisode, projet et journée de tournage. À la fin du rapport, une légende avec les codes des micros et des plans et la liste numérotée de la distribution, ainsi que d'autres informations utiles pour s'y retrouver.
Rapport son et rapport de scripte
Sur le plateau, un document décrit déjà les prises : le rapport de la scripte, qui relie chaque prise à la numérotation de la caméra. Le rapport son ne le remplace pas et n'a pas ce lien : c'est un document pensé pour la post-production audio. Le monteur peut aussi y trouver des informations, mais pas le nom de la prise image.
C'est pourquoi la description doit indiquer à quel plan la prise se rapporte : le type de plan, un éventuel mouvement de caméra, le personnage cadré et l'action. « Plan serré sur Anna, elle entre dans la cuisine » en dit bien plus que « prise 2 ».
À quoi il sert en post-production
Le montage arrive au son avec l'AAF, qui contient les clips utilisés. Le rapport son sert quand ils ne suffisent pas :
- une piste manque dans l'AAF, par exemple un micro HF ;
- une prise est bruyante ou a un problème et il faut une alternative pour la même réplique ;
- il faut combler un trou avec l'ambiance (room tone) enregistrée dans le même décor, avec la même perspective ;
- il faut retrouver les sons seuls, répliques ou sons enregistrés uniquement en audio, sans caméra.
Avec le rapport son, ces recherches prennent quelques minutes. Sans lui, on réécoute des journées entières.
Les notes
Les commentaires doivent contenir tout ce que la post-production ne peut pas savoir : un avion, un groupe électrogène, la circulation, une réplique refaite en son seul, une ambiance, un micro qui a posé problème, une piste qui a changé de nom. Mieux vaut une information de trop qu'une de moins.
Une habitude que je garde toujours : je ne répète pas une information à la ligne suivante si rien n'a changé. Le rapport reste plus lisible et les changements (un micro déplacé, une nouvelle séquence) sautent aux yeux.
Qui le remplit et quand
C'est la personne qui enregistre qui le remplit : l'ingénieur du son, le perchman ou un assistant, une ligne par prise. On peut le compléter pendant les pauses ou en fin de journée, surtout quand on travaille seul et que pendant les prises les mains sont prises par la perche et l'enregistreur.
Papier ou métadonnées dans les fichiers
Les enregistreurs professionnels peuvent écrire séquence, prise, noms des pistes et notes dans les fichiers WAV (métadonnées iXML), et certains génèrent eux-mêmes un rapport son : les grands modèles Sound Devices, le Zoom F8n Pro, le MixPre via l'application Wingman. C'est la méthode la plus complète, mais elle demande du temps pendant le tournage.
Quand je suis seul, j'enregistre, j'écoute et je tiens la perche en même temps : pas le temps de saisir les métadonnées prise par prise, et le rapport écrit reste le moyen le plus rapide. Avec une équipe d'au moins un chef opérateur du son et un perchman, les métadonnées deviennent possibles, et le rapport reste utile comme vue d'ensemble de la journée.
Comment il se livre
Le rapport son se livre en PDF, avec les fichiers de la journée. Fréquence d'échantillonnage, cadence d'images et timecode servent surtout au monteur et arrivent déjà avec les fichiers et l'AAF, mais les écrire aussi dans le rapport ne fait pas de mal : plus il y a d'informations, plus le travail est professionnel.
Un modèle à copier
Les colonnes s'adaptent au travail : un spot en demande moins, une série davantage.
En-tête : enregistreur · date · épisode · projet · journée
Colonnes : O/X · prise · entrées (micro et personnage par piste) · séquence · clap · décor · plan · description et commentaires · fichier sur le second enregistreur
Légende : codes des micros · codes des plans · distribution numérotée
Pour une production qui cherche un ingénieur du son tournage, ou pour un son direct déjà enregistré à passer en post-production, écrivez-moi.
Sources
- iXML, spécification des métadonnées pour l'audio de tournage (ixml.info)
- UER (EBU), Tech 3285, spécification du format Broadcast Wave (tech.ebu.ch)
- Sound Devices, Sound Reports et application Wingman (sounddevices.com)
- Zoom, manuel du F8n Pro, Create Sound Report (zoomcorp.com)